Bienvenue sur Association le cordiste, Anonyme 18.10.2018 - 02:36

Les limites de l'utilisation du nœud de « Chaise Double »

  Fin septembre 2011, le DPMC a réalisé une campagne de tests sur les nœuds et les amarrages utilisés dans les travaux sur cordes. L’Ecole Nationale de Ski et d’Alpinisme (ENSA) à Chamonix a mis à disposition son laboratoire d’essais pendant 5 jours pour recueillir des données sur la fiabilité des techniques et des pratiques employées par les cordistes dans des configurations proches de la réalité. Sur l’un des tests qui devait mesurer, lors de la rupture d’un ancrage, la force de choc encaissée par une personne longée dans une seule des 2 ganses d’un nœud de chaise double, le nœud s’est défait sous le poids de la charge de 100 kg.

La ganse du nœud s’est dénouée pendant la mise en tension de la longe de la gueuse avant même la simulation de la rupture du point d’ancrage (donc avec moins de 100 kg). Bien que le phénomène « d’auto-équilibrage » des deux ganses de ce nœud soit bien connu, le glissement complet d’un des brins n’avait jamais été identifié, même en 2006 lors d’une précédente campagne de tests sur les nœuds de chaise réalisée par le Groupe d’Etude Technique. Le nœud de chaise double étant très utilisé par les spéléologues, le DPMC a alerté les organismes représentatifs de la spéléologie en France qui se sont immédiatement mobilisés pour refaire des tests afin d’établir les circonstances et l’occurrence de cet incident.

Comme en témoigne la vidéo téléchargeable, le danger est bien réel. C’est une conjonction d’éléments (parmi lesquels : le positionnement de la longe, l’angle ainsi que la répartition de la tension dans les ganses, le positionnement de la corde amont ou aval) qui permet d’expliquer le glissement mais aucun de ces paramètres ne peut être imputé à une mauvaise pratique ou à une négligence. Ni le diamètre de la corde, ni son état, ni même le serrage du nœud ne semblent avoir une influence significative. Si dans de nombreuses situations (fractionnement en aval) l’usage de ce nœud n’est que potentiellement dangereux, dans bien d’autres circonstances l’issue pourrait être fatale (par exemple une personne qui équipe plusieurs ressauts successifs avec une grande longueur enkitée).

Il convient donc de systématiquement :

  • Faire un nœud d’arrêt sur le brin libre d’un nœud de chaise double réalisé en début de corde. -
  • Ne jamais se longer dans une seule ganse mais dans les deux ganses d’un nœud de chaise double.

Cependant, afin de préserver la possibilité de se longer en toute sécurité dans une seule ganse, les organismes présents préconisent d’utiliser d’autres nœuds en Y. Le nœud de base demeure le Y en huit, aussi appelé Mickey ou Bunny, facile à réaliser et à identifier. Dans les cas particuliers où défaire facilement ce nœud en Y est déterminant (utilisation de cordes de petits diamètres ou sollicitations importantes) il est conseillé d’employer le nœud de fusion qui a les avantages du nœud de chaise sans ses inconvénients et permet notamment de se longer facilement dans les 2 ganses. Ce nœud, qui est une variante du chaise double sur la base d’un huit, fut très largement testé lors de cette dernière campagne de tests : on peut se longer dans une seule ganse quelle que soit la configuration et il peut être utilisé en départ de corde sans nœud d’arrêt.

Source DPMC (Développement et Promotion des Métiers sur Cordes), FFS (Fédération Française de Spéléologie - Groupe d’Etude Technique), SFETH (Syndicat Français des Entreprises de Travaux en Hauteur), EFS (Ecole Française de Spéléologie), SYFFORHA (Syndicat Français pour la Formation en Hauteur), SNPSC (Syndicat National des Professionnels de la Spéléologie et du Canyon).