Bienvenue sur Association le cordiste, Anonyme 26.05.2018 - 19:45

Le Grimp en Croatie

Reportages - Infos

Des sauveteurs lozériens au service de la paix. En juin 2004, cinq membres du Grimp de Florac (Lozère), dirigés par le capitaine Frédéric Robert, ont formé pendant quinze jours des secouristes originaires de huit pays des Balkans aux techniques de secours en milieux périlleux. Une belle occasion, en Croatie, de rapprocher des peuples autrefois ennemis… La caserne de Divulje, dans la banlieue de Split, une ville de 400 000 habitants située en Dalmatie centrale, assoit ses lourds bâtiments sur les rivages de la Méditerranée. Cette ancienne base de l'armée croate s'est en partie reconvertie : outre le centre de transmission des sapeurs-pompiers, elle accueille désormais les locaux du tout nouveau Centre de secours régional (RCADR). C'est là que se rend le capitaine Frédéric Robert, entouré de cinq des formateurs du Grimp, l'élite française des secours en milieux périlleux… Ils ont été dépêchés en Croatie par le ministère de l'Intérieur pour participer à un émouvant et ambitieux programme destiné à former des secouristes de huit nations des Balkans et à créer des liens d'amitié et de respect entre les membres de pays autrefois ennemis.

C'est une matinée comme les autres qui commence pour les hommes du Grimp : revue et briefing avec les stagiaires, un groupe hétérogène de seize personnes issues de Croatie, de Macédoine, de Serbie-Montenegro, de Slovénie, de Hongrie, de Bulgarie, de Bosnie et d'Albanie… Même ce pays, il y a peu de temps encore considéré comme le plus fermé au monde, participe ! Chacun a envoyé les hommes et les femmes qui formeront leurs futurs secours. Dans cette troupe, les uniformes bigarrés des militaires côtoient les survêtements des montagnards – bien souvent secouristes civils – et même la décontraction d'un prof d'université hongrois. Face à eux, les formateurs : rigueur toute militaire et tenues rouges et bleues d'intervention aux couleurs du Grimp sont là pour rappeler le professionnalisme. Les secours, surtout en milieux périlleux, cela ne s'improvise pas ! On prépare soigneusement le matériel, un imposant inventaire de poulies et cordes en tous genres, de treuils, de mâts et de mousquetons et de civières. Chaque élément est apprêté, contrôlé, inspecté. Pour éviter les risques liés à la routine, on oppose la redondance.

Pas de place pour l’improvisation !

Puis tout est chargé dans les camions de la police qui emmènent les stagiaires sur les lieux d'un impressionnant exercice de sauvetage en montagne. Après une heure sur les routes harassantes qui serpentent aux pieds des massifs croates, les véhicules atteignent la montagne du Mosor. Le soleil de plomb semble désormais vouloir liquéfier l'asphalte. Pourtant, il faut s'équiper comme si le secours était réel : lourde tenue de spéléo avec son cortège de grappins, de cordes et de mousquetons… Casque de sécurité, chaussures de montagne et sac à dos pour le matériel complètent la panoplie. Il s’agira aussi de transporter la civière, des perceuses et bien d'autres outils étonnants en ces lieux. Deux bonnes heures d'une marche soutenue sont nécessaires pour rejoindre le site de l'opération, la grotte de Gajna. Deux heures sur des pentes abruptes pour franchir un dénivelé de 800 mètres, à découvrir des paysages époustouflants et des points de vue émouvants sur une côte dalmate d'une beauté saisissante. Enfin, au détour d'un col, un vallon arboré se profile. Entouré de concrétions karstiques, il protège les secrets de la grotte de Gajna. Le lieu est émouvant. Une simple croix de bois gravé et une petite stèle rappellent qu'ici aussi, perdu aux confins du monde, il y a peu la guerre a posé sa marque sanglante. Mais aujourd'hui, c’est une mission de secours et une belle image de solidarité et de travail conjoint que les stagiaires vont écrire. Il s'agit d'extraire une victime (simulée par un Bulgare) d'un puits vertical profond de 60 mètres, à l'aplomb d'une grotte qui sonde les entrailles de la terre à plus de 200 mètres !

Une préparation chirurgicale…

Le capitaine Robert organise la manœuvre. La préparation doit être précise, chirurgicale même. Quand on intervient dans un tel environnement, tout est hostile. A l'environnement, les secouristes opposent leur savoir-faire. « Le danger apparaît surtout quand le milieu périlleux devient coutumier et qu'on néglige la procédure, explique t-il. A la routine, notre principal ennemi, nous opposons la redondance, avec au moins une sécurité systématique. Chaque système est doublé soit par le matériel, soit par la procédure. Etre professionnel, c'est répéter des gestes identiques avec rigueur, même si cela fait 30 ans que l'on pratique. Il faut toujours se souvenir qu'un bon sauveteur est un vieux sauveteur ! » Commence alors un long travail de préparation. Le périmètre des opérations est nettoyé, la végétation gênante coupée. Une ligne de vie sécurise la zone et chaque intervenant y est relié par un baudrier et des mousquetons.

Début de la phase technique. Les cordes sont choisies en fonction de leur résistance et de leur matériau de composition. Objectif : installer une tyrolienne à l'aplomb du gouffre. Les stagiaires des différentes nations œuvrent de concert. Ils sélectionnent les points d'ancrage, en forent de nouveaux à la perceuse dans les parois de la grotte. Un travail précis, de longue haleine, où l'improvisation n'a pas sa place. « Même si au départ c'est toujours le terrain qui commande », explique Frédéric Robert.

Le système est en place. La descente de la nacelle commence. Pour l'accompagner, deux magiciens des cordes. Acrobates des secours, ils glissent dans la fraîcheur sombre qu'exhalent les profondeurs de la terre. Ici, malgré l'apparente élégance de la scène, dans le silence feutré seulement déchiré par les cris des oiseaux qui nichent dans les parois, l'improvisation n'a pas sa place. Tout n'est que technique et rigueur. Des piliers fondamentaux que les formateurs rappellent incessamment aux stagiaires. Au fond, au pied de parois monumentales, dans le cœur majestueux de la grotte, sur un éboulis millénaire, le Bulgare attend de jouer son rôle de victime. Toute une procédure régit les premiers secours, la préparation et l'arrimage à la nacelle. Et puis, il y a la remontée. Lente, contrôlée. Dans cet environnement hostile, rien n'est simple mais tout doit être impérativement calculé. Les hommes du Grimp n'épargnent rien à leurs stagiaires, chaque omission pourrait entraîner des conséquences fatales… En haut, les hommes s'activent autour du treuil. D'autres assurent les transmissions entre la surface et le fond du gouffre. Enfin, la « victime » apparaît ; l'exercice a été parfaitement maîtrisé.

Retour vers la ville

16 heures, l'exercice a été long. Il reste encore à démonter l'installation et à ranger avec soin le matériel de façon à être prêt à toute éventualité. Et puis, il y aura le retour sous un ciel bleu en fusion, le débriefing à la base de Divulje, la révision des cours écrits et quelques heures de repos nocturne mérité, avant d'entamer une nouvelle journée de formation. Une journée normale pour les hommes du capitaine Robert. Une journée comme ils en vivent tant chaque année, avec la passion de transmettre un savoir utile et la foi profonde de servir la société… Au bout de leur route en ce jour d'été sur la terre des Balkans, il y avait cependant un tout petit plus : le bonheur d'entendre des Albanais, des Serbes et des Slovènes se rappeler qu'ils savaient chanter des chansons croates…

Cette opération de formation a été financée conjointement par le ministère des Affaires étrangères, qui a pris en compte les frais des formateurs, et les Croates qui ont mis à dispositions de nombreux moyens (locaux, bureaux, bateaux…). « Nous sommes à un moment où le centre de secours de Divulje acquiert le statut d'organisation gouvernementale et éprouve un besoin d'existence. On devait mettre la marque française sur cette opération. J'ai accompagné les gagnants.

Un avenir porteur d’espoir

Mais pour que l'opération soit une pleine réussite, il a encore fallu organiser une réelle coopération interministérielle et obtenir une participation de la marine locale. Il est indispensable, en temps de crise, que civils et militaires travaillent conjointement. C'est tout un apprentissage de la notion de sécurité civile qu'il faut mener pour que la Croatie soit dans la mouvance de l'Union européenne » explique Claude Touzain, attaché de sécurité intérieure en Croatie et à l’origine du stage. Avec la fin de ce stage, une page se tourne mais elle n'est que la première d'un livre racontant la collaboration franco-croate. Et puis Il y a déjà une suite… les prémices d'un projet de jumelage entre le Grimp de Florac et l'agence gouvernementale de sécurité civile croate… Et un prochain stage se profile pour l'an prochain, au siège du Grimp, au travers duquel les stagiaires devraient apprendre à former seuls leurs propres secouristes. L'objectif est identique chaque fois que le Grimp intervient. Il vise l'autonomie du pays formé…

Tout sur la mission…

Il s'agit en fait de la seconde mission que le Grimp effectue en terre croate. La première se déroulait en mai dernier et consistait à sélectionner les sites, parachever le projet avec les autorités du pays et à sélectionner les participants en leur faisant passer un stage d'aptitude IMP (Intervention en milieux périlleux) 1. A l'issue de cette première sélection, 16 candidats représentant les nations croate, macédonienne, serbe, slovène, hongroise, bulgare, albanienne et bosniaque ont été retenus. Ce sont eux que le Grimp a retrouvé en ce début d'été pour suivre le stage IMP 2, destiné à former des équipiers performants, rompus aux techniques de cordes et au secours en milieux périlleux. L'objectif de ce programme qui garde en point de mire une collaboration durable avec un état candidat pour entrer dans l'Union européenne était double : former les secouristes de huit pays des Balkans et recréer des liens entre des pays autrefois ennemis.

Récit d'une aventure où des Lozériens contribuent à écrire une nouvelle page d'histoire… Un domaine dans lequel l'école de Florac excelle. Mondialement reconnue, elle forme non seulement les secouristes français (même les sapeurs-pompiers de Paris !), mais aussi bien d'autres de nations éloignées (Mexique, Chili…) ou déjà performantes dans ce domaine comme les Etats-Unis. Peut-être que certains stagiaires viendront à Florac, l'an prochain, pour suivre le stage IMP 3 et devenir chefs d'unité afin d’acquérir les capacités pour former leurs propres secouristes…

Patrick Zimmermann

Source lesapeurpompier.fr